Une douce sorcellerie biodynamique

Valentina Andrei sculpte des vins parcellaires à la minéralité affirmée par amour du vignoble valaisan. Elle les accorde avec un souvenir de paprika de sa Roumanie natale.

C’est dans le vignoble valaisan que la sensibilité de Valentina Andrei s’exprime. (Photos Maria Elena Rossi)

Il pleut enfin fort au cœur de cette fin d’été caniculaire lorsqu’on arrive devant la petite maison saumonée de Valentina Andrei, à Saillon (VS). Une partie de la façade se laisse décorer par des caissettes de vendanges jaunes et oranges empilées comme un jeu vintage de Tetris. Silhouette menue, grand sourire, elle dit: «Un peu d’eau fait plaisir.» Dans un français châtié mâtiné d’un doux accent, elle raconte son parcours. En Roumanie, son pays d’origine, elle rêve de la majesté des vins de Bordeaux, mais arrive comme jeune fille au pair à Porrentruy, où elle prend ses premiers cours de français. Là, elle découvre les images des coteaux valaisans avec leurs murs de pierres sèches. «En Roumanie beaucoup de vignobles étaient laissés à l’abandon; ici j’aimais la façon dont on les mettait en valeur. Cela fait 23 ans, déjà, mon dieu…» Elle part pour le Valais pour y rester. Elle découvre la biodynamie en stage chez Jacky et Marion Grange, au domaine de Beudon, entreprend une formation à l’école de viticulture de Châteauneuf, à Conthey, CFC de caviste puis école d’oenologie à Changins. «J’ai tout de suite aimé toutes les facettes du métier, celle d’ouvrière de la vigne, mais aussi la vente.»

Découverte de la biodynamie

A Beudon, puis avec Marie-Thérèse Chappaz, elle découvre la biodynamie: «Dans les années 2000, cela n’intéressait pas grand monde. Mais cela a parlé à mon côté sorcière. Enfant, ma grandmère nous racontait déjà comment poussait les cheveux selon l’importance de la lune.» Aujourd’hui encore, Valentina aime enduire des plantes pâles qui manquent de fer d’écorce de chêne, d’ortie, d’osier. Elle commence un stage en 2006 chez Marie-Thérèse Chappaz, puis occupe le poste de maître de chais pendant quatre ans chez cette vigneronne qu’elle admire pour sa volonté de transmettre son savoir, son soin extrême à la vigne. Maintenant, elles échangent beaucoup et dégustent ensemble Marie-Thèrèse Chappaz est même devenue la marraine du jeune fils de Valentina: «Ils adorent jouer ensemble.».

En 2013, Valentina lance son premier vin un assemblage de petite arvine et roussanne. Au début, je cultivais des parcelles sur 6000 mètres carrés. «Jusqu’en 2015, je travaillais seulement deux cuvées une de blanc et une de rouge. Et après ma journée à la vigne, je travaillais le soir au service, à la Fromathèque, de Martigny. Je pensais continuer comme ça. Mais les demandes des clients devenaient importantes.» Donc, elle décide de développer son domaine pour travailler aujourd’hui 8 hectares et demi sur dix communes viticoles.


«J’ai tout de suite aimé toutes les facettes du métier»

Valentina Andrei, Vigneronne


Le visage de Valentina Andrei s’éclaire lorsqu’elle parle de ses parcelles: «Je m’y attache vite. Par exemple celle de calcaire autour des ruines du château de Tourbillon, à Sion, une parcelle de quatre hectares dont un de vigne, très chaude, entourée d’arbres et de cactus. C’est pour cela que je développe quatre cuvées différentes sur des arvines et aussi pour démontrer l’importance de chaque sol.» L’arvine nommée Calcaire frappe par sa minéralité et sa fin de bouche d’agrumes et saline. Celle qui porte le blason Granite propose une douce bouche herbacée. Valentina parle le vin en bouche, «la belle eau d’un bisse qui va vite».

Valentina Andrei s’est notamment formée chez Marie-Thérèse Chappaz.

Eloge de la simplicité

Pendant qu’elle déroule son propos, on se sent comme épié par des tableaux, des paysages troubles accrochés aux murs en béton de sa cave, de la matière vive et coulante, ce qui n’est pas si fréquent dans un univers vigneron. Elle s’enthousiasme: «J’aime le travail de Pierre Zuffrey, un grand artiste qui a notamment exposé à la fondation Gianadda.» Elle éteint la lumière pour voir autrement, changer le regard: «Ses tableaux ne m’ennuient jamais, si tu les enlèves de ton salon, tu ressens le vide autour de toi.»

Quand elle lance un projet avec son compagnon Nicolas Wust, Valentina travaille un merlot musique avec le vigneron tessinois Sacha Pelossi. Elle dit que cela l’impressionnait un peu, au début, le contact avec le groupe Gotthard. «Puis j’ai compris leur simplicité, ils aiment le bon vin avec une saucisse ou une fondue, cela me rassure.» Valentina Andrei aime contourner la complexité. Les producteurs des Grisons trouvent le completer difficile à cultiver? Elle rit et, malicieuse, renchérit: «C’est parce qu’il ne connaissent pas la petite arvine et le cornalin.» Notre entretien se termine par un joli accord entre son Completer 2023, qui joue entre sa richesse de fruit exotique et la puissance de son acidité alpine, et un jambon au paprika valaisan, qui lui rappelle le fumé des saveurs de sa Roumanie d’enfance.

(Alexandre Caldara)


Davantage d’informations:

valentinaandrei.ch


Des portraits d’été

Le quatrième et dernier épisode de notre série estivale se situe en Valais, plus grand vignoble de Suisse avec ses 5259 hectares de vignes (32 % de la production nationale).