Glion Institut de Hautes Etudes est troisième au classement mondial des meilleures universités. Philippe Vignon, son directeur général, explique ce bond et décrypte les défis du marché.

Plus de 100 nationalités sont représentées sur le campus de Glion Institut de Hautes Etudes, sur la Riviera. (DR)
Depuis l’an dernier, nous nous sommes efforcés de travailler sur trois leviers principaux: la recherche appliquée, avec aujourd’hui cinq professeurs dédiés à ce seul volet, ce qui s’inscrit aussi dans notre accréditation HES obtenue en juin dernier, l’engagement de la faculté, dont les membres recommandent naturellement l’école, et ce qu’on appelle la marque employeur, en impliquant davantage nos collaborateurs. Ces trois dimensions expliquent l’essentiel du bond.
C’est d’abord la reconnaissance de la Suisse et de la région lémanique en matière de formation en management hôtelier. Il existe une véritable complémentarité sur un territoire concentré, où chacun a ses propres atouts. A Glion, nous avons 20 à 25 étudiants par classe et offrons un suivi individualisé de bout en bout; nous appelons cela l’éducation transformationnelle. Quant à la proximité avec Les Roches, l’ADN des deux maisons est suffisamment distinct.
La question est légitime. La pénurie est réelle, mais elle se situe au niveau opérationnel, le service, la restauration. Ce n’est pas là que nous formons. Nos vrais concurrents, si l’on s’en tient au profil de nos diplômés, ce sont les écoles de commerce plutôt que les écoles hôtelières d’application. Le taux de 98 % reflète surtout le suivi très serré que nous assurons: préparation aux entretiens, mise en relation avec les quelque 120 entreprises partenaires, dont des groupes comme LVMH ou Richemont qui commencent à venir recruter sur campus.

Passé notamment par EasyJet et Genève Tourisme, Philippe Vignon dirige Glion depuis juin 2025.
C’est un fait et il faut le dire: environ la moitié ont migré vers d’autres secteurs (luxe, banque privée, tech) cinq ans après leur Bachelor. Ce mouvement interroge tout le secteur sur sa propre marque employeur et sa capacité à retenir des profils formés pour occuper des fonctions dirigeantes et pas seulement pour exécuter.
L’étudiant vit sur le campus avec d’autres étudiants issus d’une centaine de nationalités environ. Cette immersion permanente dans la différence culturelle développe des compétences que l’amphithéâtre à deux cents étudiants ne produit pas: l’humilité, la capacité d’adaptation, la compréhension fine des enjeux opérationnels. C’est ce que les employeurs identifient immédiatement chez nos diplômés.
On travaille beaucoup avec des professeurs invités, des experts venus directement de l’industrie, ce qui nous permet d’adapter très vite les contenus. Sur l’IA, il n’y a pas d’interdiction, elle est là pour soutenir la réflexion, mais la pensée critique, ça se cultive autrement. Plusieurs de nos professeurs challengent sérieusement les étudiants qui prennent des raccourcis.
Nos étudiants sont évalués moins sur la restitution de connaissances que sur leur façon de travailler en groupe, de prendre des décisions, d’interagir sous pression. C’est là que se joue la vraie différence.
«C’est d’abord la reconnaissance de la Suisse et de la région en matière de formation»
Je ne suis pas de ceux qui disent que c’était mieux avant. Ce qui me surprend dans leurs comportements, je le prends comme une invitation à m’adapter. Un DRH me racontait récemment qu’il avait perdu un excellent collaborateur au bout de 18 mois parce que celui-ci voulait faire un tour du monde. Il n’y comprenait rien. Moi, je lui ai dit: le plan de carrière ne suffit plus. Cette génération veut de la cohérence, du sens.
Pas si différent, en réalité. Ce qui m’avait frappé alors, c’était le refus d’un écosystème entier de voir la réalité en face, qu’il s’agisse des agences, des tour-opérateurs ou des compagnies aériennes traditionnelles, face à un modèle disruptif. Ils n’envisageaient pas le billet électronique, la vente sur Internet, l’aller simple. Et pourtant, c’est devenu le modèle dominant. Quand quelque chose m’interroge aujourd’hui, que ce soit un comportement étudiant ou une tendance du marché, je me pose la même question qu’à l’époque: n’y a-t-il pas là quelque chose à comprendre?
(Propos recueillis par Patrick Claudet)