Lois et Viktoria, fleurs et douceurs

Une fleuriste et une pâtissière croisent leurs univers respectifs le temps de créations éphémères et de projets au féminin.

Viktoria Kostenko et Lois Vitry-Trapman ont étrenné leur collaboration en mai dernier. (Photos Alexandrina Birsan)

Dans la culture ukrainienne, une molfar est une figure féminine à qui l’on prête des pouvoirs surnaturels et que l’on décrit souvent comme une guérisseuse ou une devineresse. C’est sous ce pseudonyme que Viktoria Kostenko est visible sur les réseaux sociaux, en particulier Instagram, où elle présente ses créations pâtissières au charme très floral et où on la découvre dans son laboratoire en pleine création, le plus souvent accompagnée de musique, se trémoussant tandis qu’elle parachève l’élaboration de quelque délice coloré. Ce clin d’œil à sa grand-mère maternelle n’a rien de fortuit: c’est chez elle qu’elle passait la plupart de ses étés, dans la campagne ukrainienne, loin de la capitale où elle a par la suite étudié l’histoire de l’art, au cœur d’un village dans lequel elle participait aux travaux de la ferme. «Elle me laissait cuisiner, et, même si ce n’était pas très bon, elle m’encourageait toujours», raconte la jeune femme. Les couches de pâte au miel qu’elle préparait la nuit, le lait tout juste trait, les légumes du jardin et les gestes répétés au fil des saisons constituent encore aujourd’hui le socle de son univers créatif.

La collaboration entre les deux artistes s’est nouée lors de la fête des mères. 

Agée de 24 ans, Viktoria est cuisinière au Pyxis Café, à Lausanne. Elle y participe au service quotidien tout en profitant, avec l’accord de son employeur, du laboratoire professionnel pour développer sa propre activité de pâtissière. Les commandes lui parviennent principalement via Instagram ou WhatsApp, puis s’élaborent patiemment dans cette cuisine qui est devenue son atelier, et où elle se livre à toute sorte d’expérimentations.


«Le gâteau disparaît mais les fleurs restent»

Viktoria Kostenki, pâtissière


Son style tranche avec les classiques de la pâtisserie. Chez elle, pas de carac ou de gâteau au chocolat mais plutôt des fleurs qui infusent les crèmes, la lavande qui parfume les biscuits, les roses ou le sureau qui trouvent subtilement leur place dans les recettes, sans oublier les couleurs qui proviennent autant que possible d’ingrédients naturels, comme le thé matcha, le fruit du dragon, la spiruline ou le curcuma, par exemple. La décoration, elle aussi, obéit à une logique florale. Les fleurs fraîches qui ornent les gâteaux ont une vie après la dégustation de la pièce. «Le gâteau disparaît, mais les fleurs restent pendant quelques jours pour égayer la vie des gens», résume-t-elle.

 

Au pays des parfums

Sa rencontre avec Lois Vitry-Trapman tient à la fois du hasard géographique et de la convergence de parcours personnels placés sous la bienveillance de deux matriarches inspirantes. Cliente de Royal Bloom, située à proximité du Pyxis Café, la jeune pâtissière échange d’abord avec la fondatrice de la boutique autour des fleurs qui agrémentent ses créations. Très vite, à force de deviser au sujet de la particularité de telle ou telle variété, les deux femmes se découvrent des sensibilités communes et imaginent une première collaboration à l’occasion de la Fête des mères, en mai dernier. Devant la boutique de la rue Marterey, elles réalisent un spectaculaire gâteau décoré de fleurs fraîches et partagé avec les passants. L’expérience confirme l’intuition initiale que leurs univers dialoguent naturellement et qu’ensemble elles peuvent tenter de nouvelles choses.

Dans ses créations pâtissières, Viktoria Kostenko s’inspire de l’art floral.

Il faut dire, et on en vient ici à l’essentiel, que leurs histoires présentent d’étonnants parallèles. Chez Lois aussi, tout commence avec une grand-mère. C’est lors des vacances qu’elle a passées au Bar-sur-Loup, près de Grasse, dans le pays des parfums, qu’elle s’est initiée assez jeune au charme des jardins, des arbres fruitiers et des herbiers qu’elle devait compléter avec méthode, jusqu’à apprendre le nom latin des plantes, sous l’œil complice et exigeant de sa grand-mère. Bien avant de créer Royal Bloom, elle avait donc déjà développé ce rapport intime à la nature, et plus particulièrement au monde végétal, celui-là même qui constitue aujourd’hui une part importante de son activité professionnelle. Par la suite, après avoir vécu entre l’Afrique, les Etats-Unis, le Costa Rica et l’Asie, elle se forme à l’Ecole hôtelière de Lausanne, avant de suivre quelques années plus tard une formation en architecture d’intérieur. Autant d’expériences qui façonnent son sens de l’esthétique et de l’hospitalité, tout en entretenant son insatiable curiosité.

Vaudoiseries cet automne

Dans le prolongement du gâteau monumental créé pour la Fête des mères, elles imaginent déjà d’autres projets. La prochaine étape sera leur participation aux Vaudoiseries, manifestation organisée les 2 et 3 octobre prochains pour mettre en lumière les commerçants, les artisans et les créateurs lausannois. «Le but est de faire vivre le centre ville de Lausanne et, si nous pouvons y apporter un peu de couleurs avec nos créations florales, nous en sommes ravies», explique Lois, très impliquée au sein de l’Association Lausannoise du Cœur de Ville. D’autres initiatives sont déjà en préparation, toujours guidées par l’envie de créer des expériences éphémères mêlant les genres.


«Le but est de faire vivre le centre ville de Lausanne»

Lois Vitry-Trapman, entrepreneuse


Au-delà de l’art floral, Lois imagine volontiers Royal Bloom comme un lieu d’expérimentation. «J’aimerais que la boutique devienne un laboratoire pour de jeunes créateurs, un endroit où les idées se rencontrent, où l’on ose des collaborations auxquelles personne n’aurait pensé.» Celle initiée avec Viktoria, pâtissière spontanée, est donc moins l’aboutissement d’une démarche que le début d’une aventure que Lois souhaite collective.

(Patric Claudet)


Davantage d’informations:

royal-bloom.com
@molfar.dessert


Royal Bloom en bref

Fondée en 2019 à la rue Marterey, à Lausanne, Royal Bloom réalise des bouquets sur mesure, des décorations florales pour les mariages, réceptions et autres événements d’entreprise, tout en proposant des abonnements destinés aux hôtels, restaurants et sociétés, ainsi que des ateliers créatifs. En outre, Lois Vitry-Trapman confectionne pour une institution lausannoise les bouquets remis chaque semaine aux habitantes et habitants de la ville qui célèbrent leur centième anniversaire.