Pour une légèreté qui ne craint pas l’acidité

Sur les coteaux pentus du lac de Bienne, Sabine Steiner revendique des goûts classiques. Avec son compagnon Andreas Krebs, elle perpétue la noble tradition des vins de village.

Sabine Steiner montre au loin la parcelle de Chasselas Clos de l’Abbé, et on la sent déjà sur les papilles. Sur les 1000 litres produits sur le millésime 2025, on apprécie le nez de cire d’abeille, le côté très droit du vin et son final citronné. Dans un paisible jardin face à l’Ile Saint-Pierre, à Cerniaux, son naturel calme, déterminé et un brin rieur apparaît d’emblée.

Situé à Cerniaux (BE), le domaine de Sabine Steiner jouit d’une vue imprenable sur l’Ile Saint-Pierre. (Photos DR)

Fille unique d’un couple de vignerons renommés, Charlie et Annemarie Steiner, elle ne s’est jamais sentie poussée vers le métier. Elle trace d’abord son chemin vers une formation en journalisme et communication à l’Université de Fribourg, travaille à Telebielingue, puis assouvit sa passion pour le sport comme communicatrice, à Swiss Ski. Sur les cinq hectares vendangés à la main du domaine familial qui surplombe le lac de Bienne, elle rencontre des amis néo-zélandais de ses parents et part pour le domaine de White Haven, à Marlborough. «Je me retrouve sur 200 hectares vendangés à la machine, de midi à minuit. Je deviens responsable de cave, de la filtration, des changements de cuves. J’aidais souvent mes parents, mais je n’avais aucune formation, et je me disais que là je pouvais mettre en danger 25 000 litres de vin.»

Un passage marquant par l’Autriche

En rentrant en Suisse, elle participe à un groupe de dégustation avec des jeunes vignerons des villages voisins. Elle y rencontre Andreas Krebs, qui deviendra son compagnon. Les deux lorgnent vers l’Autriche. A 27 ans, elle décide de commencer une formation en management du vin, à Krems, où pendant «une année dense, j’apprends la vinification, le travail à la vigne mais aussi le marketing». Une formation qui n’existe pas en Suisse. Andreas Krebs, lui, a suivi un cursus plus classique passé par l’apprentissage de vigneron à Wädenswil et une formation de caviste, il rêve de travailler chez Knoll, dans la Wachau, et finit par atteindre son but. En 2014, Sabine Steiner reprend le domaine familial. En 2016, Andreas Krebs fait de même. A la naissance de sa première fille en 2015, Sabine Steiner se rend compte de la difficulté de tout concilier: «Heureusement, je pouvais compter sur Marco Menke qui exerce sur le domaine depuis 20 ans et sur un super stagiaire.» En 2019, Sabine Steiner et Andreas Krebs décident de fusionner deux caves au style différent «plutôt traditionnel pour Krebs, plus moderne et tourné vers la gastronomie pour Steiner». Et ce sur 11 hectares aux terroirs plus calcaires et moins profonds chez Krebs à Wingreis, moins calcaire et plus profond chez Steiner à Cerniaux.


«Je me disais que je pouvais mettre en danger 25 000 litres de vin»

Sabine Steiner, vignerone


Ce qu’ils retiennent de l’Autriche reste le respect du cépage, le travail sur des acidités franches et le timing des vendanges. «On aime les chardonnays, élevés en cuves inox pour en préserver la fraîcheur.» Sur le millésime 2024, cela donne une vibration particulière avec des touches exotiques de yuzu et un aspect direct. Sabine Steiner et Andreas Krebs décident de diminuer les taux d’alcool sur l’ensemble des vins pour se situer aujourd’hui entre 11,5 % et 13,5 %. Mais Sabine Steiner tient à le préciser, la philosophie et goût de la cave restent «classiques, cela reflète aussi le type de vin qu’on aime boire». Elle défend l’idée de vinifier un traditionnel chasselas Bärnerwy dans des œufs en béton: «Cela accentue le profil minéral.» Ensemble, ils développent un blanc de noir équilibré et digeste, «Entre nos terres», qui souligne leur union.


«On aime les chardonnays, élevés en cuves inox pour en garder la fraîcheur»

Sabine Steiner, vigneronne


Depuis 2014, ils amorcent la transition vers le bio, se forment à la biodynamie auprès de Vincent Masson, puis optent pour le label Bio Inspecta. Certaines années, comme en 2021 et 2024 après de fortes pluies, ils regrettent de devoir multiplier les traitements bios, mais ne renoncent pas. Andreas Krebs développe et brevette une chenillette qui désherbe sous les ceps. Ils travaillent ensemble sur l’élaboration des vins et les vendanges. «Depuis l’arrivée de notre deuxième fille, je m’occupe davantage des dégustations et de l’administration et Andreas se concentre sur la vigne.»

Sabine Steiner et son compagnon Andreas Krebs.

La visite se termine sur la dégustation de deux sauvignons blancs 2025. Celui élaboré par Steiner développe des arômes pâtissiers et une impression de netteté en bouche. Celui façonné par Krebs plus corpulent propose un final sur une belle salinité. «J’aime cela sur des sancerres», précise Sabine Steiner. Par ces grosses chaleurs de juillet, Sabine Steiner apprécie la légèreté, facile à boire, de son premier Pinot Noir. Une simplicité dans l’accueil et la façon d’être qui la résume tout entière.

Alexandre Caldara


Des portraits d’été

Les parcours de vie des vignerons indépendants des quatre régions de production romande définissent l’identité de leurs vins. Cet été, nous vous présentons leurs réalités et la façon dont ils affirment leurs voix. Ce premier épisode se situe sur les 222 hectares des coteaux pentus du lac de Bienne, sur l’appellation Trois Lacs, ou «trois expressions pour une même identité». Une appellation qui représente 6 % de l’encépagement suisse, comprend 12 cépages et 78 producteurs.


Davantage d’informations:

krebs-steiner.ch