Lors du Hospitality Summit de Berne, plus de 2100 professionnels ont échangé sur les grands défis de la branche.

L’événement a pris des allures de grandes retrouvailles de la branche, où les professionnels sont venus autant pour se former que tisser leur réseau. (Hotelleriesuisse)
Pour sa première bernoise, l’Hospitality Summit a tenu ses promesses. Les 3 et 4 juin, plus de 2100 cadres, hôtes, spécialistes et partenaires de l’hôtellerie suisse se sont retrouvés à la Festhalle de Berne. En quittant Zurich-Oerlikon après cinq éditions, Hotelleriesuisse a voulu marquer l’ancrage national et la croissance de son rendez-vous. Sous la devise «Façonner l’avenir», les débats ont tourné autour des sujets qui travaillent la profession: numérique et intelligence artificielle, pénurie de personnel, durabilité, nouveaux modèles de travail et avenir du management. Des intervenants suisses et étrangers ont cherché avec la profession comment rester compétitif et innovant dans une période troublée. «Notre branche ne choisit pas l’incertitude, mais elle a appris à composer avec elle», a résumé Martin von Moos, président de Hotelleriesuisse. Keynotes, panels et ateliers ont laissé une large place à l’échange et au réseautage, tandis que le Career Day réunissait quelque 350 étudiants, jeunes talents et entreprises autour de leurs débouchés. Le ton économique a été donné par Martin Schlegel, président de la Banque nationale suisse. L’hôtellerie s’est redressée solidement depuis la pandémie, a-t-il relevé, portée notamment par les nuitées de clients américains et moyen-orientaux. Le cours de change, les prix de l’énergie et les tensions géopolitiques restent toutefois des défis, comme le confirment les quelque mille entretiens que la BNS mène chaque année avec les entreprises. La mission de l’institut demeure la stabilité des prix, gage de sécurité pour qui veut planifier et investir. Pour la Suisse, la BNS table sur une croissance d’environ 1 % à court terme et de 1,5 % à moyen terme. Schlegel a surtout invité à ne pas se focaliser sur le seul franc fort.
Car le franc fort se relativise. Depuis 2020, le renchérissement atteint environ 7 % en Suisse, contre plus de 25 % aux Etats-Unis et dans la zone euro. Les hôtels suisses ayant relevé leurs tarifs avec mesure, une nuitée est devenue en comparaison meilleur marché pour un client européen. «La stabilité des prix est une condition du bien-être et de la croissance d’un pays», a insisté Schlegel.
Le numérique, lui, a pris un tour très concret. Pour Benjamin Jost, patron de TrustYou, l’intelligence artificielle s’impose comme un outil opérationnel sur tout le parcours client, du premier message à la fidélisation. Or, dans bien des hôtels, 30 à 40 % des courriels restent sans réponse ou n’en obtiennent une qu’après plusieurs jours. «Nous laissons filer énormément d’argent quand nous tardons à répondre au client», a-t-il averti.
Le Gottlieb Duttweiler Institut a esquissé la suite. Sa chercheuse Christine Schäfer a décrit une «feelgood revolution» entremêlant l’alimentation, la santé et la beauté: l’économie du bien-être pesait quelque 6800 milliards de dollars en 2024 et pourrait approcher 9800 milliards en 2029. Les produits de bien-être passent ainsi de la niche au standard, et celui qui mise dessus prend une longueur d’avance. La soirée a couronné les Swiss Hospitality Awards. Le Prix Jacques Tschumi est allé à Esther Bellwald et Lukas Kalbermatten, qui ont monté en un temps record l’hôtel temporaire Momentum après l’éboulement de Blatten. «Dès le lendemain de la catastrophe, il fallait regarder devant», a témoigné l’hôtelier. La branche y a salué une leçon de résilience.
(ade/ahü/pcl)