Le retour du «Mad Chef» dans un projet communautaire

Walter el Nagar crée la Fondation Mater pour associer engagement et créativité, dans le prolongement de son défunt Cinquième Jour.

Le modèle de Walter el Nagar est celui des Réfectoires solidaires de Massimo Bottura – ici celui de Paris. (JR)

La belle aventure du Cinquième Jour s’était terminée à fin janvier, à la suite de la défection de ses investisseurs. Mais Walter el Nagar n’est pas resté longtemps les bras croisés: le bouillonnant créateur de ce resto de poche solidaire des Eaux-Vives, à Genève, vient de créer Mater, fondation à but non lucratif, afin de perpétuer son engagement. Pour ceux qui ne l’auraient pas connu – la parenthèse n’ayant duré que 18 mois –, le Cinquième Jour était un lieu unique en Suisse servant une cuisine originale et personnelle durant quatre jours à une douzaine de convives, avant de proposer les mêmes plats aux personnes démunies adressées par des ONG locales. Un concept solidaire et un beau projet que le chef milano-égyptien entend pérenniser en évitant, cette fois, les investisseurs désireux de percevoir des dividendes. «La fondation est créée et j’en suis au stade de la récolte de fonds, en discussion avec des interlocuteurs aussi bien publics que privés, mais aussi des écoles», explique le chef, qui est à la recherche d’un lieu adéquat, plus grand que le Cinquième Jour, pouvant accueillir une quarantaine de convives au moins où servir cinq jours par semaine des repas solidaires et gratuits.  

Valoriser la production locale 

Le modèle demeure celui des Réfectoires solidaires de Massimo Bottura, mais l’ajout de deux jours d’ouverture réservés à des clients payants contribuera au financement de la fondation. Le trentenaire entend assouvir par là son envie de créativité et d’un projet artistique et esthétique, associant aussi les créateurs locaux désireux de s’engager. Autre inspiration essentielle: le souci de valoriser la production locale et les circuits courts, une vision éthique et respectueuse des travailleurs comme de l’environnement. Ce nouveau projet devrait ainsi s’ancrer davantage dans le tissu social genevois, tout en accueillant et formant des jeunes en réinsertion. On imagine que la nécessité n’en sera que plus aiguë au lendemain de cette crise sans précédent.

(Véronique Zbinden)