Les Latins ont bu davantage durant le semi-confinement

Un sondage en ligne lancé par trois pros romands de la statistique révèle les habitudes de consommation des Suisses.

Seules 30% des personnes interrogées disent avoir acheté du vin en ligne lors du semi-confinement. (Unsplash)

Le responsable de l’Observatoire suisse du marché des vins (OSMV), à Changins, Alexandre Mondoux, et deux collaborateurs de l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL), Philippe Masset et Jean-Philippe Weisskopf, ont lancé leur sondage sur le net, relayé, par exemple, par Changins. Ils ont récolté 927 réponses, surtout en français (56%), en majorité d’hommes (58%), du secteur tertiaire (70%), vivant «confortablement» (63%) et disposant d’une cave privée (81%). 

Du virtuel encore très aléatoire 

Depuis la crise, 75% des répondants n’ont pas acheté de vin. Seuls 30% ont acquis du vin en ligne. Et, globalement, ils ont acheté un peu moins que d’habitude. Le lien des répondants avec Internet est important: d’abord, c’est par ce biais qu’ils avaient eu connaissance du sondage; ensuite, 48% affirment qu’ils se renseignent sur le vin via des sites Internet, contre 30% par des magazines, 27% par les médias sociaux et 26% par des livres. Plus intéressant encore, alors que la consommation entre amis s’est effondrée à cause du confinement, 67% des répondants disent avoir «organisé ou participé à des rassemblements numériques pour prendre un verre en famille ou entre amis». Mais seuls 18% le feront encore… Le confinement a donc changé la donne, mais n’exclut pas un retour à la normale.

Seuls les germanophones disent n’avoir pas modifié leur consommation d’alcool, alors que les francophones et les italophones penchent pour une consommation égale ou plus fréquente. Et ça n’est pas la seule différence linguistique: les germanophones (du moins ceux qui ont répondu…) rechignent à mettre plus de 10 francs pour une bouteille (58%), alors que la moyenne des sondés (57%) affirme acheter des vins entre 11 et 20 francs. la bouteille. Les germanophones n’estiment pas, non plus, devoir acheter plus de vin local pour soutenir les producteurs locaux (ils sont même 45% à s’opposer à cette intention), alors que les francophones et les italophones sont prêts à un tel geste à 65% et 70%.

Si les auteurs de ce sondage estiment que la gestion à deux ans du commerce de vins en Suisse sera «critique», ils estiment néanmoins que «les entreprises viticoles suisses ne sont pas mal positionnées. Au contraire, leur taille réduite, leur production diversifiée, l’orientation qualitative imposée par la chute des barrières douanières, et leur expérience dans le circuit de distribution court, les rendent plus flexibles que nombre de concurrents étrangers.»

Autrichiens plus chauvins 

Le même jour, les Autrichiens ont publié les résultats d’un sondage, portant sur 2800 ménages, nettement plus positif. Pendant leur confinement, les Autrichiens disent avoir consommé 25% de plus de vins indigènes, pour une valeur globale supérieure de 12% à la même période que l’an passé. Cette augmentation s’est faite via les vins rouges et rosés, principalement, et à travers le commerce de détail (+17% d’achat). Et au détriment des vins étrangers (-2% en volume, mais d’une valeur supérieure de 10%). Alors qu’on sait que les importateurs suisses ont acheté massivement des vins étrangers à bas prix, surtout italiens, pendant le mois d’avril! Deux pays voisins, deux manières de réagir au confinement, même si les cafés et restaurants y étaient fermés, engendrant une baisse de la consommation hors domicile et, surtout, un important manque de liquidités pour anticiper leurs propres stocks, si besoin.

(Pierre Thomas)