Lancée par Josef Zisyadis, directeur de la Fondation pour la Promotion du Goût, la distinction a été décernée pour la première fois le 15 juin à Berne.
On aurait aimé voir davantage de femmes parmi les récipiendaires du Mérite culinaire suisse 2020, et peut-être aussi y trouver quelques-uns des talents singuliers qui ont émergé ces derniers mois de la scène culinaire helvétique, notamment en Suisse alémanique ou à l’étranger. Mais la première édition de cette initiative inédite lancée par Josef Zisyadis, directeur de la Fondation pour la Promotion du Goût, a au moins le mérite d’exister. «Il manquait une reconnaissance, une consécration pour honorer celles et ceux qui font la promotion de la gastronomie suisse au quotidien», a d’ailleurs relevé le fondateur de la Semaine du Goût devant une foule compacte réunie la semaine dernière au Bellevue Palace, à Berne, à deux pas du Palais fédéral.
La cérémonie à proprement parler a revêtu une signification particulière pour au moins deux raisons. D’une part, elle a coïncidé avec le retour plus ou moins à la normale observé dans l’hôtellerie-restauration depuis la fin du semi-confinement, et rappelé de fait la fonction importante que joue la gastronomie dans nos sociétés, comme l’a expliqué le président du jury André Jaeger. D’autre part, elle s’est déroulée en présence du conseiller fédéral Guy Parmelin, qui, en sa qualité de ministre de l’économie et représentant du Gouvernement, a souligné le rôle crucial joué par la branche qui emploie quelque 260 000 personnes dans tout le pays.
Au moment de la remise du Mérite culinaire d’honneur, Guy Parmelin s’est par ailleurs fendu d’un «salut vaudois et amical» à l’attention de Frédy Girardet. Visiblement ému lors de sa prise de parole, le Cuisinier du siècle a vanté «l’heureuse initiative» de ce prix dont il a été décoré à titre honorifique, passant brièvement sa carrière en revue – «35 ans astreignants» marqués par une «passion totale» visant à «rendre les clients heureux» – et soulignant le bouleversement causé par la sortie progressive des chefs de leur cuisine, jusqu’à être propulsés sur le devant de la scène dans une ambiance digne d’un «derby entre Young Boys et Bâle».
Quid du palmarès de cette première édition? Il a vu le sacre de quatre personnalités romandes et alémaniques. Du côté des Latins, ce sont Stéphane Décotterd et Mathieu Bruno qui ont été honorés. Le premier, qui dirige avec sa femme Stéphanie le restaurant Le Pont de Brent, a choisi en 2018 de se concentrer exclusivement sur les produits du cru, tandis que le second officie au restaurant Là-Haut, à Chardonne. Chez les Alémaniques, Bernadette Lisibach continue sur sa lancée après avoir décroché l’hiver dernier sa première étoile Michelin, et la note de 16 au Gault & Millau. Quant à Ale Mordasini, qui représentera la Suisse à la Sélection européenne du Bocuse d’Or, il représente la nouvelle génération et voit cette distinction comme «une chance pour la valorisation de son métier».
(Patrick Claudet)