Pour la Genevoise qui dirige le Beau-Rivage Palace à Lausanne, les hôteliers suisses ont de nombreux atouts à faire valoir mais ils doivent se réinventer et promouvoir la région avant leur propre établissement.
Nathalie Seiler-Hayez, vous êtes directrice générale du Beau-Rivage Palace depuis quatre ans jour pour jour. Quel bilan tirez-vous de la saison estivale qui s’achève?
Nathalie Seiler-Hayez: Nous avons vu nos ventes progresser de manière significative de mai à août. Cette excellente performance contraste avec le début de l’année, qui a été plus compliqué, mais elle s’inscrit dans un contexte global plutôt favorable pour l’hôtellerie helvétique, plébiscitée par les clientèles asiatique, américaine et européenne, ainsi que par les hôtes en provenance du Moyen-Orient et de la Russie.
Votre établissement est aussi une institution locale très prisée des autochtones. Ont-ils été au rendez-vous cet été?
Plus que jamais. Au Beau-Rivage Palace, la restauration génère environ 50% des ventes. Cela s’explique d’une part par la grande diversité de notre offre, qui inclut non seulement la table d’Anne-Sophie Pic, le Miyako, le Café Beau-Rivage et le Lobby Lounge mais aussi L’Accademia et le tout nouveau 57° Grill, et, d’autre part, par les liens de proximité que nous avons noués au fil des ans avec les Lausannois. Nous accueillons également beaucoup de soirées et d’événements privés, ce qui contribue à la notoriété de notre maison.
Quid des nuitées helvétiques?
Elles représentent 18% du volume global. C’est non négligeable et je suis convaincue que la Suisse alémanique recèle encore un potentiel de croissance important. A titre personnel, je me rends fréquemment à Zurich, où je constate que l’Arc lémanique jouit d’une formidable réputation. Il faut bien sûr prospecter les marchés étrangers, mais les régions germanophones du pays ne doivent pas être négligées pour autant.
Vous évoquez l’Arc lémanique. La région est-elle un argument de vente pour votre hôtel?
Elle est bien plus que cela: la région devrait être au cœur de la stratégie commerciale de tous les établissements de l’Arc lémanique. Il y a quelques jours, j’étais à Las Vegas pour participer à un Salon professionnel. Si on leur parle d’Ouchy, nos interlocuteurs écarquillent les yeux sans comprendre de quoi nous parlons. En revanche, si nous évoquons Lavaux et ses vins, Lausanne en sa qualité de capitale olympique et de ville de culture ou encore Genève qui jouit d’une aura internationale, ils tendent l’oreille. C’est la preuve qu’il faut absolument privilégier une approche globale.
Est-ce à dire que les hôteliers devraient collaborer?
Nous le faisons déjà de différentes manières, mais il est vrai que l’objectif est d’intensifier nos rapports et de créer des synergies entre villes et cantons.
Dans quelques semaines, vous allez fermer votre spa pour entamer des travaux. Quelle sera leur ampleur?
Ils seront conséquents et nécessiteront un investissement important pour transformer notre actuel spa en centre de bien-être. A travers cette démarche, nous voulons créer un produit novateur qui s’occupera du corps, du cœur et de l’esprit de nos clients. Il s’agit là d’une démarche holistique assez ambitieuse, dont la raison d’être tient à l’évolution des modes de vie qui génère beaucoup de stress et un nombre croissant de burn-out. Nous nous devons d’innover pour demeurer une référence.
Autour de quelles prestations s’articulera l’offre?
A partir du printemps 2020, nous proposerons, entre autres, des cures ayurvédiques, ainsi qu’un concept de bien-être centré sur l’alimentation, la pratique du sport et une approche d’ordre plus spirituel. Dans l’intervalle, notre spa ne sera toutefois pas fermé, puisque nous allons aménager une structure éphémère en convertissant certaines chambres en cabines de soin.
A titre personnel, comment maintenez-vous une forme d’équilibre entre vie professionnelle et privée?
Mon équilibre passe par la pratique du sport. Je m’y adonne à raison de quatre séances hebdomadaires, parfaitement intégrées à mon planning professionnel. Il s’agit là d’une hygiène de vie qui va de pair avec une alimentation saine, et dont le principal intérêt est de garantir un certain équilibre physique, psychologique et émotionnel. Ma conviction est que si l’on veut aider ou guider les autres, il faut d’abord prendre soin de soi. Cela est valable aussi bien au travail que dans le cercle familial.
(Propos recueillis par Patrick Claudet)