Directeur de LaFourchette Suisse, Rémy Bitoun voit dans l’évolution des modes de consommation un possible changement de paradigme dans le secteur de l’hôtellerie-restauration.
Décrocher son téléphone pour réserver une table dans son restaurant préféré appartiendra-t-il bientôt au passé? La question se pose au vu de l’évolution spectaculaire des réservations en ligne enregistrée depuis le début de l’année par des opérateurs tels que Localsearch et LaFourchette. Si le phénomène n’est pas nouveau en soi, son accélération laisse penser que les nouveaux réflexes s’inscrivent dans la durée et s’imposeront à terme comme la nouvelle norme. «Nous sommes clairement à l’aube d’une nouvelle ère», pronostique Rémy Bitoun, directeur de LaFourchette Suisse.
Son analyse se base sur l’émergence simultanée de trois tendances observée au cours du premier semestre: l’augmentation de 80% du nombre de téléchargement de l’application par les utilisateurs; la hausse d’environ 30% des partenaires en Suisse, dont le nombre a franchi le cap symbolique des 1000; la proportion grandissante des réservations qui sont passées en dehors des heures d’ouverture des restaurants. «De janvier à juin 2019, ces dernières ont représenté 60,13% de toutes les réservations, ce qui représente une hausse de 4% par rapport à la période correspondante de 2018», souligne Rémy Bitoun.
A travers ce chiffre, c’est le modèle commercial de LaFourchette qui est plébisicité. Leader européen de la réservation de tables en ligne, la plateforme a privilégié, dès sa création en 2007, une approche 100% numérique, d’abord sous la forme d’un site classique, puis via une application devenue aujourd’hui la principale porte d’accès au contenu de LaFourchette. Un pari qui s’est révélé payant, notamment en raison du fort ancrage local de la société qui a sur chaque marché, comme c’est le cas à Genève, une équipe en contact direct avec les restaurateurs.
Quant à l’essor des réservations en ligne, Rémy Bitoun l’explique par des facteurs à la fois exogènes et endogènes. «D’un côté, le portable a pris ces dernières années une importance capitale. On l’utilise pour gagner du temps – ce qui plaît particulièrement à la génération Y, née avec un smartphone dans les mains – et parce qu’il a l’avantage d’être toujours avec nous. De l’autre, nous disposons d’une base de données mise à jour en temps réel et comprenant plus de 60 000 adresses dans le monde entier. Jamais il n’a été aussi facile et rapide de comparer l’offre de restauration d’une ville ou d’une région, et de réserver une table dans la foulée.»
Le nouveau paradigme évoqué par le directeur de LaFourchette Suisse ne concerne pas uniquement les consommateurs; il a un impact direct sur les restaurateurs. Grâce au module de réservation en ligne, ces derniers délèguent en quelque sorte leur back-office à LaFourchette. L’avantage? «Ils ne ratent plus une vente parce que personne n’a pu répondre au téléphone pendant le coup de feu. De plus, ils ont la possibilité de se concentrer sur la salle et de soigner l’accueil.» Par ailleurs, dans un pays plurilingue comme la Suisse, doté de quatre langues nationales et d’une importante communauté étrangère, la réservation en ligne facilite grandement les transactions en gommant pour de bon la barrière de la langue.
(Patrick Claudet)