Après avoir repris leur collaboration, le Bocuse d’Or et le Cuisinier d’Or viennent d’annoncer qu’ils se séparaient. En cause: les attentes divergentes des partenaires et les impératifs liés au Bocuse d’Or, dixit Franck Giovannini.
On se rappelle que l’Académie suisse du Bocuse d’Or, présidée par le chef du Restaurant de l’Hôtel de Ville de Crissier, et les organisateurs du Cuisinier d’Or, porté depuis sa création par la société Kadi, avaient annoncé l’automne dernier vouloir revenir à leurs premières amours. C’est-à-dire reprendre leur collaboration dans le cadre du Cuisinier d’Or, qui avait fait office, de 2004 à 2010, de sélection suisse pour le concours lancé en 1987 par Paul Bocuse, avant d’intégrer, à partir de 2012, le Salon Sirha Genève, aujourd’hui disparu. Les deux partenaires ont renoué comme convenu en février dernier à Berne, là où s’est tenue la finale du Cuisinier d’Or. Un événement en tout point réussi, de l’avis de tous les participants, et qui a vu la victoire d’Ale Mordasini, membre de la Société suisse des cuisiniers, qui représentera la Suisse lors du Bocuse Europe 2020 à Tallinn, en Estonie.
En août, pourtant, la fin de leur collaboration a été annoncée par le biais d’un communiqué de presse. «A la suite de leur fusion à l’automne dernier, les deux organisateurs sont parvenus à la conclusion qu’il est plus profitable pour le métier de cuisinier et pour la gastronomie suisse qu’ils mettent chacun à profit leurs atouts spécifiques», expliquait ainsi l’Académie suisse du Bocuse d’Or, tout en soulignant par ailleurs que les liens d’amitié subistaient entre les deux entités.
Que s’est-il passé? La première raison invoquée est l’attente divergente des différents partenaires; elle s’explique par le fait que le Cuisinier d’Or cherche d’abord à promouvoir et renforcer le métier de cuisinier en Suisse, tandis que le Bocuse d’Or a pour vocation de faire connaître la gastronomie helvétique sur la scène internationale. D’où certaines incompatibilités, potentiellement préjudiciables pour le concours, qui ont poussé les organisateurs à tirer rapidement les conséquences de l’édition de février dernier.
La seconde raison est plus directement liée aux impératifs du Bocuse d’Or. «Selon le règlement, seule une personne de nationalité suisse a le droit de participer à l’épreuve. Or, la plupart des finalistes du Cuisinier d’Or (quatre sur six, ndlr) ne répondaient cette année pas à ce critère, ce qui signifie que la sélection suisse s’est jouée entre deux candidats. Mais la situation aurait été véritablement problématique si aucun Suisse ne s’était hissé en finale», relève Franck Giovannini.
Dans le même ordre d’idée, le président de l’Académie suisse du Bocuse d’Or évoque le cas de figure suivant, qui ne s’est pas produit en début d’année, mais qui aurait pu à terme ternir l’image du candidat helvétique: «Imaginons qu’un cuisinier termine troisième du Cuisinier d’Or et qu’il soit sélectionné pour le Bocuse d’Or Europe parce qu’il est le meilleur Suisse; cela manquerait de cohérence. Par chance, cela n’a pas été le cas cette année, mais nous aurions été tôt ou tard confrontés à cette réalité.»
Quid du Bocuse d’Or Suisse? La prochaine sélection devrait intervenir à l’automne 2021, ce qui laisse encore du temps pour monter un nouveau projet. «Nous avons la chance de pouvoir compter sur Lucien Mosimann, un coordinateur précieux. D’ici à la fin de l’année, nous annoncerons où se tiendra la finale suisse, puis nous plancherons sur les détails tout en suivant la préparation d’Ale pour Tallinn», conclut Franck Giovannini.
(Patrick Claudet)
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