Pour Sanpellegrino, 2019 marque le 120e anniversaire de sa création par des entrepreneurs lombards qui ont transformé le rapport que leurs contemporains entretenaient avec l’eau minérale. Une nouvelle usine verra le jour en 2022.
Sanpellegrino, San Pellegrino ou S.Pellegrino? Si tout le monde connaît la marque, beaucoup hésitent quant à la façon correcte de l’orthographier. Tout dépend en réalité de ce dont on parle: S.Pellegrino est le nom de l’eau minérale gazéifiée connue de tous, comme en atteste l’étiquette des bouteilles qui circulent dans plus de 140 pays, tandis que San Pellegrino désigne la petite ville lombarde, nichée dans la vallée Brembana, où jaillit une source connue depuis la Renaissance, notamment de Léonard de Vinci qui l’évoque en 1510. Quid de Sanpellegrino? C’est le nom de l’entreprise fondée en 1899 par une poignée d’investisseurs lombards, celle-là même rachetée par Nestlé Waters en 1998, et dont le développement fulgurant au début du XXe siècle a eu un impact durable sur notre rapport à l’eau minérale.
L’évocation de l’anniversaire célébré cette année par la marque à l’étoile rouge renvoie à une déambulation effectuée il y a quelques mois dans San Pellegrino en marge d’un voyage de presse organisé dans le cadre du concours S.Pellegrino Young Chef, dont la finale se tient à Milan. Ecartelée entre la dépouille grandiose du Grand Hotel près de la gare désaffectée et le nouveau centre thermal inauguré en décembre 2014 par QC Terme, la petite ville offre un visage ambivalent. D’un côté, les vestiges d’un passé pas si lointain où toute l’artistocratie européenne venait prendre les eaux en Lombardie; de l’autre, une cité industrielle à taille humaine qui embouteille chaque jour environ un million de bouteilles exportées partout dans le monde. Comme une centaine d’années seulement séparent ces deux époques, le 120e anniversaire est l’occasion de porter un regard rétrospectif sur l’aventure entrepreneuriale qu’a constitué Sanpellegrino.
Pour ce faire, l’historien en herbe ou le gastronome curieux de savoir d’où provient l’eau qu’il retrouve aussi bien dans les restaurants italiens que les tables gastronomiques dispose d’une formidable machine à remonter le temps. Son nom? A Tasteful Italian Story, le titre de l’ouvrage publié par la société italienne dans le but de raconter son histoire. Le livre qui compte quelque 300 pages ne se contente pas d’égrener les dates clés de Sanpellegrino; il détaille les étapes marquantes de son histoire à l’aide de nombreux graphiques, illustrations et autres affiches au charme délicieusement vintage, le tout rehaussé par la reproduction de cartes postales d’époque sur lesquelles on reconnaît notamment le casino, bâti en 1907 et parfaitement conservé, même s’il n’est aujourd’hui ouvert que sur réservation pour des banquets. En feuilletant les pages, on apprend aussi – schéma didactique à l’appui – que l’eau minérale doit sa richesse au parcours de 30 ans qu’elle effectue à travers les différentes couches rocheuses des Dolomites, et que les ventes ont connu un boom formidable au cours des 10 premières années d’exploitation, passant de 35 343 bouteilles vendues en 1899 à 3,874 millions en 1908.
Le voyage pourrait s’arrêter là si Nestlé ne comptait pas dans ses rangs une équipe d’historiens chargés de veiller sur les archives de ses marques emblématiques. Son responsable est Albert Pfiffner, qui travaille avec une petite équipe à la conservation d’un patrimoine unique et dont l’utilité est de pouvoir «savoir d’où l’on vient et où l’on va», comme il l’explique lors d’une rencontre dans son fief de Vevey, tandis qu’il supervise le déménagement des archives Nestlé – 2500 mètres linéaires! – qui constituent une source inépuisable d’inspiration.
Dans le cas de Sanpellegrino, il porte un regard surplombant sur l’époque charnière que représente le début du XXe siècle, durant lequel coexistent deux tendances a priori contradictoires qui auront toutefois un impact durable sur notre perception de l’eau minérale. «D’un côté, il y a l’émergence de stations thermales, à San Pellegrino comme dans d’autres villes d’Europe, destinées à l’aristocratie; de l’autre, il y a la volonté politique de substituer le vin par l’eau dans les familles pour lutter contre l’alcoolisme. Dès lors, l’enjeu a été de démocratiser une eau minérale jusqu’alors assimilée à un traitement médical sans en dénaturer le prestige», explique Albert Pfiffner.
Les deux Guerres mondiales auront un impact sur ce projet et le développement des ventes de Sanpellegrino, mais l’essor, dès l’après-guerre, de la restauration telle que nous la connaissons aujourd’hui a permis à la société lombarde de populariser son produit phare – avec l’ajout de nouveautés telles que le San Bitter en 1961 – tout en maintenant son positionnement haut de gamme. «Un pari réussi grâce à un sponsoring dans le domaine du sport et des arts, ainsi qu’au soutien accordé à des initiatives en lien avec la gastronomie (The World’s 50 Best Restaurants, S.Pellegrino Young Chef, Sapori Ticino, etc.).» Et comme l’avenir se construit aujourd’hui, Sanpellegrino inaugurera en 2022 un nouveau site de production au design audacieux et ouvert aux visiteurs.
(Patrick Claudet)
Davantage d’informations:
www.sanpellegrino.com/ch/fr