Françoise Guilloud «former aussi les formateurs»

Présidente de Hotel & Gastro Formation Vaud depuis septembre, et viceprésidente de l’Association romande des hôteliers, Françoise Guilloud évoque la question de la formation.

Françoise Guilloud prône une plus grande collaboration intercantonale.

HGH: Françoise Guilloud, quels sont les enjeux actuels au niveau des cours interentreprises qui sont chapeautés par Hotel & Gastro Formation?

Françoise Guilloud: Nous nous sommes rencontrés récemment à Sion entre présidents cantonaux de Hotel & Gastro Formation et l’une des priorités qui s’est dégagée concerne les classeurs que les apprentis doivent remplir au cours de leur formation. Evoquant la question, nous avons constaté qu’il y avait un problème à ce niveau-là et qu’il fallait que nous formions à la fois les apprentis et les formateurs pour qu’ils puissent les remplir de manière plus efficace.

Est-ce à dire qu’il y a un déficit en termes de formation du côté des formateurs?
Par rapport à d’autres cantons, nous nous rendons compte à Pully que nous n’avons pas mis suffisamment l’accent sur les formateurs. En Valais et à Fribourg, par exemple, il y a des cours qui leur sont destinés, mais ils sont peu nombreux dans le canton de Vaud. Or, le métier évolue rapidement et il est impératif que les responsables d’établissements mettent régulièrement leurs connaissances à niveau.

A titre personnel, quelle est la dernière formation que vous avez entreprise?
Je viens de suivre un module sur le marketing organisé par les hôteliers en collaboration avec Ritzy, ce qui m’a aidé à mieux comprendre le potentiel des réseaux sociaux qui n’existaient pas à l’époque où j’étais à l’EHL. Malheureusement, il y a encore trop peu de formations continues destinées aux professionnels qui forment des apprentis.

Des pistes?
Nous aurions tout intérêt à collaborer plus activement entre cantons, et, d’ailleurs, nous avons décidé d’instaurer le principe d’une rencontre annuelle. Lors de notre entrevue à Sion, nous avons notamment évoqué le cas de Fribourg dont le montant prélevé de la licence sert à financer la formation continue, et non la formation de base comme c’est le cas dans le canton de Vaud. Dans un autre registre, le canton du Jura organise des cours pour formateurs l’après-midi; ils peuvent donc y participer sans pénaliser leur entreprise.

Quid des jeunes en formation? Y en a-t-il beaucoup qui quittent le métier pendant leur cursus?
 Cette année, le taux de rupture de contrat se situe entre 10 et 11 pourcent, ce qui est très peu. Il faut dire que nos commissaires professionnels effectuent un travail d’accompagnement considérable, replaçant si nécessaire les jeunes dans d’autres établissements et garantissant un suivi toute l’année.

Qu’est-ce qu’ils vous disent sur ces jeunes et la manière dont leur formation se déroule?
Il y a quelquefois des problèmes graves, liés à des situations personnelles compliquées ou à des difficultés rencontrées avec les formateurs. Par chance, nous bénéficions d’un appui au niveau cantonal quand les cas ne sont plus du ressort des commissaires mais de l’assistance sociale, qui prend alors le relais.

Ces problèmes ont-ils évolué ou sont-ils les mêmes qu’il y a 10 ou 15 ans?
D’après notre commissaire principal qui est là depuis longtemps, ils ont connu une évolution au fil des ans. Aujourd’hui, les commissaires font beaucoup plus de social qu’auparavant, apportant un soutien qui dépasse souvent les questions strictement professionnelles. Il faut toutefois préciser que, dans le même temps, le nombre d’apprentis a connu une forte augmentation.

Combien y a-t-il de jeunes actuellement en formation dans le canton de Vaud?
 A Pully, nous avons quelque 200 apprentis de cuisine en première année. C’est énorme – d’ordinaire nous en avons en moyenne 150 – et cela nous a posé des problèmes au niveau de l’occupation des cuisines, qu’il a fallu planifier avec soin. Cela est dû entre autres aux nombreuses émissions culinaires, qui ont un réel impact sur le choix d’une profession. 

L’augmentation concerne-t-elle aussi les autres filières?
La situation est différente pour les spécialistes en restauration, où nous avons plus de peine à mobiliser les jeunes. Le problème vient peut-être de la vision que ces derniers ont du métier. Certains nous font la réflexion que, lorsqu’ils sont en deuxième année, leur travail n’est pas très pas différent de celui d’un employé non qualifié. D’où une certaine frustration et la tentation de tout arrêter.

Quels arguments peut-on faire valoir pour les retenir?
 Le premier est lié aux perspectives d’avenir. S’ils veulent monter en grade ou tenir un établissement, voire entrer dans une école hôtelière, ils ont besoin d’un CFC.

Vous travaillez étroitement avec les partenaires sociaux. Comment se passela collaboration?
Elle est très harmonieuse et constructive, ce qui est primordial. Dans le comité de Hotel & Gastro Formation Vaud, l’Association vaudoise des hôteliers et GastroVaud travaillent main dans la main avec Hotel & Gastro Union, avec qui nous partageons la même vision du métier, et dont nous avons l’habitude de dire qu’il est «notre» syndicat.

Un jeune a-t-il selon vous avantage à adhérer à une organisation professionnelle?
 C’est une manière de contribuer à la valorisation de la profession, et puis un jour il peut en avoir besoin. On n’est jamais à l’abri de rien.

Propos recueillis par Patrick Claudet
Davantage d’informations:

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En bref
A la suite de sa maturité commerciale, Françoise Guilloud part à l’étranger pour des stages linguistiques de longue durée en Angleterre, Australie et Allemagne. Elle entre ensuite à l’Ecole hôtelière de Lausanne et effectue ses stages, avant de travailler à Montreux et Genève. En 1997, elle reprend l’exploitation de l’Hôtel de la Gare à Yvonand et le rachète quelques années plus tard.

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