La onzième édition des rencontres Jean-Marc Quarin à Lausanne propose encore d’intenses découvertes. Belair Monange et Croix de Labrie à Saint-Emilion sortent du lot.
La richesse des rencontres Jean-Marc Quarin réside toujours dans l’assemblage unique d’une dégustation rive gauche et rive droite de Bordeaux, puis des masterclass étonnantes. Cette onzième édition, le vendredi 29 mai au Lausanne Palace, n’a pas échappé à la règle.
Cela s’illustre notamment par des dominantes de Merlot. Le Château Belair Monange qui s’étend sur 25 hectares, voisin d’Ausone, sur le point le plus haut du plateau calcaire de Saint-Emilion présente deux millésimes d’exception. Un 2021 qui surprend d’emblée par sa vibration, ses arômes de cassis sur des tanins très fins et un final terreux proche de la betterave. Quant à 2022, on aime sa matière ample tirée de petites baies, son fumé naturel et sa bouche de griottes avec une jolie acidité finale. Ces vins élégants prolongent l’esthétique artistique du domaine, car l’ange ne se limite pas à l’étiquette d’Albrecht Dürer: il incarne le messager il se retrouve gravé dans le béton du chai. Un chai diaphane et lumineux réalisé par Herzog et de Meuron, qui collaborent avec le propriétaire Christian Moueix depuis 30 ans.
Sur la table d’à côté, on découvre une toute autre démarche, celle du Château Croix de Labrie à l’est de Saint-Emilion. Un petit domaine de plus de 5 hectares qui ne présente pas un chai opulent, mais poursuit la tendance des vins de garage, ou aujourd’hui, des micro-cuvées. Axelle et Pierre Courdurié, depuis 2013, y défendent leur vision de qualité autour de visions bio et biodynamiques. A Lausanne, leur fille Camille défend les 1800 bouteilles du millésime 2025 en précisant que Jean-Marc Quarin tenait à la présence de ce vin présenté en primeurs. Et on le comprend, la bouche de pamplemousse et ses éclats de caramel et d’orange nous séduisent par leur profondeur.
La masterclass permettait de découvrir la parole experte d’une des personnalités les plus passionnantes et décisives dans le nouveau style des vins de Bordeaux Fabien Teitgen, directeur général du Château Smith Haut-Lafitte, Cru Classé de Graves. Présent sur le domaine depuis 30 ans et qui a commencé sa carrière dans les vignes comme chef de culture. Il proposait un exercice rare, une dégustation comparative de ce domaine bordelais exceptionnel, en comparaison avec Cathiard Vineyard en Californie Nappa Valley appartenant aussi à Florence et Daniel Cathiard, qu’il vinifie depuis 2021. «On peut le remercier car apprendre c’est comparer», commentait le critique Jean-Marc Quarin. Chez Haut-Smith Laffitte, le millésime 2020 composé de 65% de cabernet sauvignon, 30% de merlot complété par du Cabernet Franc et de Petit Verdot impressionne. Son élégance le rend exceptionnel avec ses arômes de pamplemousse, de balsamique et son final délicat sur le réglisse. Avec Cathiard Vineyard, on rentre dans un tout autre monde en monocépage de cabernet sauvignon élevé à 100% pendant 20 mois dans du bois neuf français, «avec des chaleurs extrêmes la journée et des températures très fraîches la nuit».
Nos palais de dégustateurs européens restent souvent un peu figés par le côté massif, monolithique et souvent austère des vins californiens. Cependant sur le millésime 2023, on sent tout le travail accompli par le vinificateur pour aller vers la fraîcheur et l’équilibre, même si l’arôme de cassis reste dominant et assez austère. On comprend bien le potentiel de garde de ce vin. «J’aime son crémeux», précise Fabien Teitegen. Le plus important pour lui reste de respecter les terroirs: «Cela n’aurait aucun sens de vouloir faire du vin de Bordeaux à Nappa, les peaux des raisins ne sont pas les mêmes», précise-t-il avec conviction.
Alexandre Caldara