Ribera del Duero, mille variations de tempranillo

La prestigieuse appellation espagnole très prisée sur le marché helvétique propose des vins très différents, grâce à de nouvelles approches en vigne et en cave.

De 6000 hectares en 1982, l’appellation d’altitude est passée aujourd’hui à plus de 27 000. (Adobe-Stock)

Quand l’appellation espagnole Ribera del Duero, située dans la région viticole de Castille, propose une vaste dégustation de 25 producteurs comme récemment à Genève, cela reste un événement. Car la Suisse importe chaque année entre 1,5 et 2 millions de bouteilles de cette appellation d’altitude en pleine renaissance. Ce volume remarquable en fait historiquement le premier marché d’exportation mondial en valeur et en volume. Ribera del Duero, à sa création en 1982, comprenait seulement 6000 hectares et s’étend sur 27 400 hectares de vigne.

Ce qui fascine le dégustateur aujourd’hui reste l’évolution et la diversité de ces vins d’altitude situés entre 700 et 1000 mètres, pourtant toujours composé en grande majorité du cépage tinto fino ou tempranillo. Mais aujourd’hui l’usage du chêne américain ne reste plus la norme et cela change tout, comme l’explique la sommelière suisse Yanna Delière, animatrice de la masterclass: «Beaucoup de domaines passent désormais au chêne français et développent une vision nouvelle de vins parcellaires, l’apparition des œufs en béton et des jarres en amphores participent aussi à des goûts non uniformisés et à une amélioration très nette de l’ensemble de la production.»

Délicieux accord avec un chocolat noir

Avec pourtant des écarts de prix considérables, on trouve du très qualitatif autour de 17 francs dans les entrées de gamme, mais aussi de nombreux vins complexes, à plus de 100 francs en sortie de caves. Dans la première catégorie, on retiendra de la Bodegas Malacuera Traslospaso 2022 avec un élevage de 18 mois; on aime sa grande fraîcheur, son bouquet d’herbes aromatiques et son final mentholé.


«Beaucoup de domaines passent désormais au chêne français et développent une vision nouvelle de vins parcellaires»

Yanna Delière, Animatrice de la masterclass


Dans la deuxième, Aalto PS 2023, 21 mois d’élevage pour un vin aux tanins très présents, mais balancés par sa dimension florale de rose et de lavande. Yanna Delière propose un très juste accord avec un chocolat noir 87% bio du Honduras cela fait ressortir un final puissant du vin sur le balsamique.

L’appellation propose aussi une jolie actualité, puisque l’AOC comme celle de Gigondas en France s’ouvre au vin blanc avec l’apparition depuis le millésime 2019 d’un 100 % albillio mayor très intéressant. A l’image de ces 5000 bouteilles de Dominio del Pidio 2024, produite par Cillar de Silos sa bouche de groseille blanche ne masque en rien sa minéralité et son final salin. La région s’ouvre aussi à la complantation, le patchwork des cépages en vigne, à l’instar des pionniers alsaciens du domaine Marcel Deiss ou suisses du domaine Raymond Paccot. Ici il faut aller vers la Bodega Emilio Moro qui propose un mix réussi entre le rouge tempranillo et le blanc albillo mayor au nez des effluves de cognac et en bouche une belle déflagration de pamplemousse et de la vivacité sur la rhubarbe.

Pour ceux qui sont nostalgiques des années 1980, quand le guide Parker portait aux nues la puissance et la complexité de Vega Sicilia Único et de son style bordelais, on peut suggérer ceci… Si on veut comprendre à quoi ressemblait le style historique, classique et élégant de la Ribera, on peut toujours tremper ses lèvres dans Carrora 2021 de la cave Protos et ses 16 mois d’élevage avec ses profonds arômes de griottes et sa noble vibration en bouche. Pago de Torrosillo 2019 du domaine Figueros paraît aussi incarner un classicisme parfait en entrée de bouche. Mais va ensuite vers une modernité toute en nuance de rose et framboise.

La masterclass s’est récemment tenue à Genève en marge d’un salon. (DR)

Une étiquette inspirée par l’artiste Joan Miró

La synthèse la plus réussie entre toutes ces tendances et commercialisée au prix médian de 58 francs reste Un Sueno en las Alturas 2021 du domaine Pago de Los Cappellanes 2019. Un nez de rose, une bouche de cassis, de framboise et surtout cette belle acidité électrique; le taux d’alcool de 15 % ne se fait pas trop remarquer. Enfin pour ceux qui recherchent une touche artistique sur chaque expérience de dégustation, on peut les orienter vers la Bodega Lleiroso et son Joan Miró 2019, aux tanins extrêmement souples et à la nette aromatique de cassis. L’étiquette de cette gamme reproduit l’œuvre L’Habitant de la nuit du peintre catalan.

Un peu comme Bordeaux l’appellation se diversifie et propose toutes sortes d’approches, délaissant une forme de noblesse un peu hautaine pour aller vers une modernité aux formes ludiques multiples, comme une peinture de Joan Miró.

(Alexandre Caldara)


Davantage d’informations:

riberadelduero.es