Eric Dubuis, la famille et la formation pour fil rouge

L’ancien secrétaire romand de Hotel & Gastro Union vient de prendre une retraite anticipée mais reste actif au service de la formation.

A Samarcande, sur la place du Régistan, Eric Dubuis dit avoir pleinement compris le sens de la rencontre entre les cultures. (DR)

On croit connaître les gens que l’on côtoie, ceux avec lesquels on travaille en particulier, mais l’on passe souvent à côté de l’essentiel et c’est seulement quand on prend le temps de l’échange que l’on découvre un parcours dont on ignorait jusqu’alors les détails qui le rendent singulier. Jeune sexagénaire, Eric Dubuis vient de prendre sa retraite officielle après avoir dirigé pendant neuf ans Hotel & Gastro Formation Vaud. Auparavant, il avait été secrétaire romand de Hotel & Gastro Union (HGU) durant 15 ans, période au cours de laquelle il avait été au service des professionnels de l’hôtellerie-restauration et animé le concours des apprentis de Gastronomia, y compris le Challenge Benoît Violier, ainsi baptisé en l’honneur d’un chef qui s’était beaucoup investi pour la relève et les initiatives de HGU.

Fidèle à la formation

La retraite à 60 ans? Pas tout à fait. Eric Dubuis conservera un certain nombre de mandats, tous liés à la formation. Il dispensera ainsi des cours de droit du travail chez Gastrovaud et Gastrofribourg, il interviendra dans le cadre des cours FSEA pour la formation des formateurs d’adultes, il accompagnera les professionnels au contact de la génération Z au sein d’un dispositif développé avec la Fédération des Métiers de l’Accueil et du Goût (FMAG) et il assurera un mandat de remise à niveau en droit du travail au sein d’un opérateur de la restauration collective. Et pas impossible non plus qu’il reparte en Ouzbékistan, là où il s’est déjà rendu à trois reprises, la première fois pour une conférence et les deux suivantes pour des interventions de formation en lien avec les pratiques hôtelières et la pédagogie. «Mon père, ingénieur civil, était parti construire des routes en Iran dans les années 1960. Moi, je suis parti en Ouzbékistan, dans un pays presque voisin, pour construire des chemins de formation», dit-il.

Eric Dubuis avec Gilles Meystre, président de Gastrovaud, Nicoline Anjema, exploitante du restaurant Au Cœur de la Côte, et le conseiller d’Etat Frédéric Borloz.

L’évocation de son père, décédé à l’âge de 61 ans, un an avant de prendre sa préretraite, n’a rien de fortuite. Eric Dubuis avait noué avec lui des liens forts, même si à l’adolescence les rapports avaient été tendus. «Mes parents auraient aimé que je suive la voie scientifique. Si j’aimais bien la chimie, les maths et la physique ne m’aimaient pas trop.» Il dit avoir été «traumatisé par l’école», au point de redoubler de nombreuses classes au collège, où il aura passé six ans sans décrocher sa maturité. Après son service militaire, il est aiguillé par un ami vers l’Ecole hôtelière de Genève, qui l’accepte à la condition qu’il effectue une année de stage au préalable. Il commence tout en bas de l’échelle – son premier salaire, il s’en souvient, était de 662,50 francs net par mois – et il observe que les pourboires sont distribués de manière inéquitable. «Pour le service, c’était un point, contre vingt pour les maîtres d’hôtel. Par la suite, lorsque j’ai été en mesure de fixer moi-même les règles, j’ai opté pour un système par journée travaillée, quelle que soit la fonction, en associant la cuisine et la plonge au partage.»

Attiré par la restauration

Au fil de sa formation et des stages pratiques, son ambition se précise. Ce qui l’intéresse, c’est diriger la restauration d’un hôtel. Au Mirador, sur le Mont-Pèlerin, il devient assistant et, via le tennis, un sport qu’il affectionne, il se lie d’amitié avec l’administrateur japonais de l’époque, dont il devient le partenaire de jeu. «On venait me chercher en limousine là où j’avais un studio de 20m2. Sur le court, nous nous livrions d’âpres combats.» L’homme lui propose de participer à la création d’une chaîne d’hôtels, avec une première unité à Maurice. Eric Dubuis démissionne; la guerre du Golfe fait capoter le projet. Il rebondit à Genève, où il travaille à l’Hostellerie de la Vendée, à l’Holiday Inn et au Mövenpick, en tant que directeur de la restauration. «Ma compagne, enseignante, avait des horaires réguliers, moi pas. J’avais envie de construire une vie avec elle, alors j’ai saisi une occasion de travailler dans la vente, puis dans le conseil en personnel, dans le privé et à l’Etat.»


«J’ai moins envie de transmettre que d’accompagner»

Eric Dubuis, ancien directeur de Hotel & Gastro Formation Vaud


La famille, un élément central de sa vie. Cet été, à l’occasion d’une fête célébrant au domaine genevois de Champs-Lingot son anniversaire, celui de son épouse Janine – Jaja pour les intimes – et leurs 30 ans de mariage, Eric Dubuis a chanté l’amour des siens sur un air de Serge Lama, avec des paroles écrites pour l’occasion, dans lesquelles il évoquait aussi sa mère et ses filles. Les coups durs l’ont conduit parfois à reconsidérer ses choix. Ses anciens collègues se souviennent de l’accident de moto qui l’avait immobilisé il y a une quinzaine d’années, et de la manière dont il avait changé à son retour, moins formel, plus ouvert, bien décidé à s’écouter davantage. A un autre moment de sa vie, quand il a perdu la même année son père et un jeune enfant, il a traversé l’épreuve avec les siens et décrété qu’il arrêterait de «faire ce qu’il n’a pas envie de faire».

Et s’il a choisi de rester actif, il précise: «J’ai moins envie de transmettre que d’accompagner, en laissant à l’autre le soin de trouver sa voie.»

(Patrick Claudet)


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