La petite arvine, une complexe ambassadrice

Le cépage emblématique de Fully s’impose à l’international comme une référence. Ses producteurs délivrent leurs secrets.

Inaugurée en 2025, la Maison de la petite arvine est conçue comme un temple païen au milieu des vignes et des arbres fruitiers par l’atelier d’architecture Game. (Photos Maison de la petite Arvine)

Pour comprendre, la petite arvine de Fully, en Valais, il faut d’abord observer son vignoble en terrasses escarpées. Ce dernier reste souvent ensoleillé, mais protégé par la bise. Le cirque de la Combe de l’enfer devient alors un emblème majestueux, qui demande un travail de la vigne exigeant. On peut alors rentrer dans le monde aromatiquement complexe, mais au final invariablement salin, de la petite arvine de plusieurs façons.

«La singulière terre de Fully donne naissance aux seules petites arvines cultivées sur sols granitiques. Une histoire intime soignée avec discrétion, qu’il faut découvrir ici dans son berceau», explique le vigneron Gérard Dorsaz, président de l’Association Fully Grand Cru. Après une première mention en 1602, la petite arvine a donné lieu à toutes sortes de légendes fantaisistes quant à ses origines. José Vouillamoz, ampélologue, a cependant prouvé qu’elle est originaire du Valais. Sa reconnaissance devient aujourd’hui pleinement internationale. Notamment avec ce qu’en dit le Français Olivier Poussier, meilleur sommelier du monde en 2000: «La petite arvine, en particulier celle de Fully, dispose du potentiel pour être reconnue comme un vin iconique en Europe et dans le monde.»

Le cépage emblématique a les qualités pour s’imposer à l’échelle du continent.

Une Maison modulable

On peut aussi simplement s’arrêter devant un bâtiment monochrome noir et boisé. La Maison de la petite arvine conçue comme un temple païen au milieu des vignes et des arbres fruitiers, construite comme un jeu par l’atelier d’architecture Game. Inaugurée à l’été 2025, elle propose une oenothèque et une boutique de produits du terroir richement dotée et un espace de réception et de dégustation pratique et modulable. Ou alors passer par la case de l’esprit du cépage, celui incarné par la manifestation le Printemps des petites arvines. Il vient de renaître cette année après une longue pause. Un lundi, jour racine du mois d’avril, dans l’esprit d’une brisolée conviviale sans châtaignes d’automne, mais avec une invitation généreuse faite à des amis producteurs d’ici et d’ailleurs à venir partager. Ou encore, par de la peinture une fresque monumentale de 36 mètres de l’artiste Pierre Faval qui montre dans des couleurs subtiles, le geste de la vigneronne, du buveur, de leur sueur et des saisons qu’ils traversent.

«Le marqueur identitaire d’une région»

Gérard Dorsaz, Président de l'association Fully Grand Cru

Puis on peut commencer par ne pas trop se laisser dérouter en disséquant la pureté de sa tension. En dégustant ce que l’on peut considérer comme un breuvage classique du millésime 2024. Nous nous trouvons chez Philippe Mettaz, élevé en cuves inox, avec cette puissante bouche de pêche aux accents floraux et cette très légère sucrosité. Son fils Olivier Mettaz qui a rejoint l’exploitation après ses études et orienté le domaine vers la certification bio bourgeon et la reconversion vers la certification Demeter explique la philosophie de la cave ainsi: «On se concentre sur nos terroirs, en travaillant trois parcelles majoritairement granitiques avec des éboulis de calcaire.» Pourtant le millésime 2024 reste comme l’explique Chiara Benincasa, de la Cave de Mandolé, un millésime compliqué: «Il fallait vraiment récolter le raisin à la bonne maturité, la petite touche de botrytis ne facilitait pas le travail sur une version sèche. Toujours disponible, l’expérimentée et adorable Marie-Thérèse Chappaz nous a beaucoup aidées.» Intéressant d’écouter Chiara Benincasa et sa compagne Lisa Traens venue de Belgique et passée par la Toscane avant se frotter à la petite arvine en reprenant les 8,5 hectares d’un domaine existant depuis 40 ans. Elles ne commencent pas par la simplicité en vinifiant le complexe millésime 2021, avec une perte de 60 % de la récolte due au gel puis à la pression du mildiou. En dégustant le vin, on trouve pourtant une belle complexité autour d’arômes de coing.

La petite arvine s’impose par la volonté collective de ses producteurs d’incarner leur rôle d’ambassadeur. Elle devient ainsi comme le laisse entendre Gérard Dorsaz: «Le marqueur identitaire d’une région.»

(Alexandre Caldara)


Davantage d’informations:

maisonpetitesarvines.ch