Deux nouvelles études européennes mettent en lumière le lien entre la consommation d’additifs et l’incidence de certains cancers et diabètes.

L’allongement de la durée de vie des aliments ultratransformés pourrait se traduire par un raccourcissement de l’espérance de vie de ceux qui les ingèrent.(Adobe Stock)
E 200 à E 299, E 300 à E 399, mais aussi sorbates, sulfites et nitrites: les plus vigilants des consommateurs ont affiché la (longue) liste des additifs alimentaires en E- sur leur frigo, les autres se contentant parfois de les repérer sur les étiquettes lors de leurs emplettes au supermarché. Ils sont partout ou presque (on les retrouve dans plus de 20 % des denrées alimentaires et boissons industrielles en Europe) et leur ajout est devenu une pratique courante. Ces substances ont en effet l’avantage de prolonger la durée de vie sur les étals des supermarchés et de préserver de la dégradation due à des microorganismes, à l’action de divers agents pathogènes, à l’oxydation, au rancissement et autre changement de couleur.
A l’inverse, cet allongement de la durée de vie des aliments ultratransformés pourrait bien se traduire par un raccourcissement de l’espérance de vie de ceux qui les ingèrent. C’est ce qui ressort de la lecture de deux études épistémologiques publiées ce début d’année dans le British Medical Journal et Nature Communications, suggérant un lien entre certaines maladies chroniques et une forte exposition aux additifs conservateurs. Ces travaux conduits par des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) sont les premiers à quantifier l’exposition aux conservateurs et le risque d’incidence du cancer et du diabète. Ces mêmes travaux avaient déjà servi à classer l’aspartame comme cancérogène possible et les nitrites comme cancérogènes.
Cette nouvelle série d’études a pris en compte deux grandes familles d’additifs, les conservateurs au sens strict (notés de E 200 à E 299) et les antioxydants (de E 300 à E 399). Ils sont omniprésents et 99,7 % des participants en ont consommé au cours des années de suivi. Plus précisément: les viandes transformées sont les principaux vecteurs de nitrites et nitrates, les boissons alcoolisées et préparations de sauces vinaigrettes sont de fort pourvoyeurs en sulfites, alors que les végétaux transformés sont susceptibles de contenir tous types de conservateurs.
L’étude a été menée auprès d’une cohorte de plus de 105 000 participants adultes, entre 2009 et 2023, répartis en différents groupes en fonction de leur consommation des 58 additifs examinés. Elle conclut à de multiples liens entre la prise de ces derniers et la survenue de différents types de cancers, notamment du sein, de la prostate et colorectal. Ces données devraient appeler, selon les auteurs de l’étude, à un réexamen des règles auxquelles sont soumis les industriels, aux fins d’accroître la protection des consommateurs et d’encourager le recours à une alimentation fraîche et non transformée.
L’autre recherche porte sur les liens éventuels entre la prise de ces mêmes substances et la survenue de diabète de type 2. De même, 108 723 adultes ont participé à l’étude, répartis en différents groupes selon leur usage desdites substances, durant huit ans au moins. Elle révèle des associations entre une consommation importante de plusieurs additifs alimentaires conservateurs non antioxydants largement utilisés (sorbate de potassium, métabisulfite de potassium, nitrite de sodium, acide acétique, acétates de sodium et propionate de calcium) et d’additifs alimentaires conservateurs antioxydants (ascorbate de sodium, extrait riche en tocophérol, alpha-tocophérol, érythorbate de sodium, acide citrique, acide phosphorique et extraits de romarin) et une incidence plus élevée du diabète de type 2.
En termes d’implications pour la santé publique, ces résultats suggèrent qu’une réduction de l’exposition aux conservateurs alimentaires pourrait être bénéfique pour prévenir le diabète de type 2. Il est ainsi conseillé de limiter la consommation des groupes d’aliments/ boissons n’ayant aucune valeur nutritionnelle particulière, tels les boissons alcoolisées et les viandes transformées. De même, cuisiner chez soi et privilégier la consommation de fruits et légumes non transformés ou peu transformés permettrait d’éviter quelque 25 % des conservateurs alimentaires.
Enfin, l’ensemble de ces observations renforce l’idée que les mesures ou recommandations ciblant les individus sont insuffisantes: des actions politiques devront également être mises en œuvre pour transformer en profondeur l’approvisionnement alimentaire et réduire l’exposition. Ceci passe également par la réévaluation de ces additifs, voire la modification des réglementations sur les substances et doses autorisées afin de mieux protéger la population.
(Véronique Benoit)