Le spécialiste vaudois des condiments consolide son développement en s’appuyant sur le Food Service, l’innovation et les filières locales.

Le groupe basé à Aigle (VD) a vu ses ventes augmenter en 2025. (DR)
En ces jours de canicule, le site de production de Reitzel connaît une activité particulièrement soutenue à mesure que les partenaires de l’enseigne vaudoise livrent leur récolte. Les cultures, quand elles sont bien arrosées et que les températures grimpent, voient leur rendement augmenter, ce qui nécessite un ramassage régulier et une livraison dans la foulée. «Nous avons la chance d’avoir de l’eau», observe Olivier Camille, CEO du groupe. En Suisse, les producteurs partenaires disposent pour la plupart d’un accès à l’irrigation, ce qui permet au concombre de poursuivre sa croissance malgré les fortes chaleurs. «Cela accélère simplement le processus. A nous ensuite de nous adapter, puisque nous prenons 100 % de leur récolte.»
Cette capacité d’adaptation résume assez bien la philosophie de Reitzel. Dans un environnement économique marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes sur les marchés et une consommation plus prudente, le groupe a enregistré en 2025 un chiffre d’affaires consolidé de 122,9 millions de francs, en progression de 1,1 %. Une croissance mesurée, certes, mais emblématique de la résilience d’un modèle qui repose sur plusieurs marchés, plusieurs canaux de distribution et une forte intégration de la filière. Parmi les moteurs de cette évolution figure le Food Service, qui représente désormais 33,7 % du chiffre d’affaires du groupe.
Olivier Camille, CEO de Reitzel
«Nous sommes satisfaits de la performance en Suisse et en France», souligne Olivier Camille, non sans nuancer l’analyse, puisque la restauration connaît un ralentissement général. «Les consommateurs font un peu plus attention et fréquentent sans doute un peu moins les restaurants. Ce n’est pas catastrophique, mais je ne pense pas que les restaurateurs soient aujourd’hui à la fête.»
Cette prudence n’empêche pas Reitzel de poursuivre son développement. En Europe comme en Asie, le groupe multiplie les partenariats avec des enseignes de restauration et de restauration rapide. Depuis son usine indienne, il approvisionne notamment des chaînes internationales telles que KFC, Subway ou Burger King. «Ces groupes recherchent des solutions d’approvisionnement plus locales. Produire en Inde pour servir le marché asiatique est aujourd’hui beaucoup plus logique que d’importer depuis l’Europe ou les Etats-Unis.» Cette stratégie raccourcit les chaînes logistiques tout en renforçant la réactivité du groupe, deux aspects importants pour Reitzel.

CEO du Groupe Reitzel, Olivier Camille supervise le développement des activités en Suisse, en France et sur les marchés internationaux.
En Suisse, la marque Hugo constitue toujours un levier de croissance important. Relancée autour de la filière du cornichon suisse, elle trouve progressivement sa place jusque dans les cuisines professionnelles. «Nous constatons que de plus en plus de restaurateurs sont sensibles à l’origine des produits.» Olivier Camille évoque notamment les établissements qui mettent déjà en avant la provenance de leurs fromages ou de leurs viandes. «Même un cornichon peut raconter une histoire. Le cornichon, qui est souvent considéré comme un simple accompagnement, n’a rien d’anodin. Entre la sélection des semences, la culture, la récolte quotidienne et la transformation à l’état frais, c’est un produit qui demande énormément de savoir-faire.»
Quid des nouveautés? Après plusieurs années de développement, Reitzel déploie désormais une nouvelle gamme de piments sur les marchés suisse et français. «Nous travaillons avec nos agriculteurs dès le choix des semences pour obtenir la bonne forme, la bonne couleur et le niveau de puissance recherché.» L’entreprise répond ainsi à l’engouement pour des saveurs plus relevées. «Cela dit, c’est toujours un pari. Nos clients ne nous demandent pas forcément tout ce qu’ils veulent. Il y a une part d’intuition et une part d’analyse du marché et des tendances.»
(Patrick Claudet)