Avec un futur site sur les hauts de Lausanne, la PME vaudoise prépare un tournant logistique et stratégique au service d’une offre toujours plus personnalisée.

Depuis ses débuts, David Lizzola cultive une proximité assumée avec les cuisiniers de sa région, dont Franck Giovannini. (DR)
On l’avait rencontré en 2010 à Villars-Sainte-Croix (VD) dans les locaux de Légufruits, qu’il avait racheté trois ans auparavant à travers sa société Léguriviera. On le retrouve aujourd’hui à Crissier, au siège administratif du petit empire qu’il a bâti en une vingtaine d’années. Et si l’envie nous prenait de le revoir dans quelques mois, sans doute que le rendez-vous serait fixé sur les hauts de Lausanne, là où il prévoit d’inaugurer prochainement un nouveau site réunissant l’ensemble de ses collaborateurs vaudois. Cet important projet se trouve aujourd’hui en phase de préparation finale, avec une inauguration prévue à l’horizon 2027, si les travaux avancent comme prévu. «Nous avons atteint une taille où le multisite n’est plus une force, mais une contrainte. Le fait de regrouper nos équipes et nos savoir-faire est devenu indispensable pour continuer à progresser», explique David Lizzola, fondateur de Léguriviera Groupe, formé chez Coop, qui a démarré tout en bas de l’échelle et décroché un brevet de technicien en marketing en cours du soir.

Fondateur et directeur général de Léguriviera Groupe, David Lizzola déploie ses activités en Suisse romande et dans le canton de Bâle.
Le futur site, qu’il décrit comme un pôle logistique et opérationnel de quelque 13 000 m², va réunir les activités aujourd’hui dispersées entre Villars-Sainte-Croix, Aclens, Crissier, Yverdon et Romanel-sur-Morges. L’objectif est double: d’une part, gagner en efficacité, et, d’autre part, créer un véritable écosystème. «Nous sommes partis d’une page blanche avec l’ambition de repenser les flux, limiter les transports inutiles, favoriser les échanges entre les équipes et mieux valoriser le produit», dit-il. Sur les hauts de Lausanne, on trouvera ainsi des espaces accueillant la formation et des projets pédagogiques articulés autour du végétal, ainsi qu’une cuisine de production avec des chefs maison.
Si la réflexion autour de ce projet remonte à quelques années, la crise sanitaire a joué un rôle de catalyseur. «Le Covid a marqué un avant et un après, c’est un fait. Il a freiné certaines de nos démarches, mais il nous a surtout obligés à repenser notre modèle, vu que du jour au lendemain la plupart de nos clients ont été obligés de cesser leurs activités», analyse David Lizzola. A cette période, contraint de s’adapter comme beaucoup d’opérateurs, Léguriviera Groupe développe fortement ses activités de quatrième gamme, à savoir les fruits et légumes prêts à cuisiner, mais aussi une offre de cinquième gamme, avec des produits prêts à consommer. Cette diversification, aujourd’hui encore, répond à des besoins très concrets, qui sont ceux de la restauration de collectivité et des institutions, privées ou publiques, mais aussi des établissements de l’hôtellerie-restauration confrontés à des contraintes de personnel ou de temps. «Nous avons compris que nous pouvions aller plus loin que la simple livraison de produits bruts, sans toutefois trahir notre ADN. Il ne s’agit pas d’industrialiser à outrance, bien sûr, mais plutôt d’apporter des solutions fraîches, qualitatives et personnalisables.» La présence de cuisiniers au sein de ses équipes de transformation, voilà qui illustre d’ailleurs sa montée en gamme, au même titre que l’attention portée à l’ensemble des techniques de conservation, qui permettent de préserver le goût et les valeurs nutritionnelles.
Dans un paysage dominé par de très grands acteurs, Léguriviera Groupe a fait un choix clair. «Il y a deux manières de faire ce métier: le volume et le prix, ou le service et la personnalisation. Le pire serait de vouloir faire les deux», estime l’entrepreneur. La société se positionne donc résolument comme «un grand parmi les petits», capable d’offrir une proximité et une souplesse que ne peuvent pas toujours garantir les géants de la distribution. De là découle une approche segmentée, en vertu de laquelle l’entreprise ne livre pas les mêmes produits à une collectivité, à une brasserie ou à une table gastronomique. Le modèle repose aussi sur une relation étroite avec les producteurs, pour la plupart suisses, mais aussi français et italiens, qui sont choisis pour la qualité de leurs produits et leurs bonnes pratiques.
David Lizzola, fondateur et directeur général de Léguriviera
Quid de l’automatisation et de l’intelligence artificielle? Le groupe emploie quelque 330 collaborateurs et y voit sa richesse, mais ce capital humain n’exclut pas l’évolution des pratiques. Via le traitement des commandes et la planification des tournées, les outils numériques sont déjà en place et ils continueront à être déployés. «L’IA ne remplacera pas l’humain, mais elle permettra de libérer du temps là où la valeur ajoutée est ailleurs, sachant que nous livrons chaque jour 1900 clients en l’espace de quatre heures», relève David Lizzola. Ainsi, dans le futur site des hauts de Lausanne, cette logique sera pleinement intégrée, sous la forme de circuits plus courts et d’interactions renforcées entre les différentes équipes, dans le but entre autres de réduire les erreurs.
(Patrick Claudet)